Nous irons squatter un bout d'univers. Coin de pelouse étoilé sur les rives d'un fleuve sauvage. Cours d'eau resté libre, survivant ignoré par les barrages qui peuplent notre planète bleue. Pour une fois, donnons-nous le droit d'arracher un moment de liberté à notre quotidien trop rude. Juste le temps de remplacer toutes les choses malsaines que nos veines charrient par vagues contre un peu d'air clair. Respirer de l'oxygène sans goût, faire le vide dans nos c½urs trop pleins. Observer la terre de loin et n'y être raccrochée que par le biais de notre regard. S'abandonner, sans remords, sans risque d'être aspirés par ces remous frénétiques qui font la vie. Que le courant s'arrête juste un instant afin que nous puissions débrancher le fil du temps sans risquer de perdre pied. Depuis trop longtemps, nous nous vendons pour deux sous de tendresse moisie et un revers d'amitié souvent déçue. Inconsciemment, nous avons pris l'habitude de bâillonner notre libre-arbitre pour rassurer les gens, sans jamais recevoir en retour le geste et les paroles protectrices que nous attendions. Trop longtemps, nous avons laissé nos rêves traîner dans la poussière. Ils en sont ressortis ternis. Comme nos sourire, comme nos prunelles.

